Françoise Sliwka, portrait d’une comédienne passionnée et généreuse.

Comédienne, metteur en scène et auteur de talent, Françoise Sliwka a su se faire une place dans le monde du théâtre grâce à son univers si particulier et plein de délicatesse. Marqués par le souvenir, l’enfance, les ambiances, les moments de rupture dans la vie ou encore le petit détail qui fait de chaque personne un individu fascinant, son jeu ainsi que son écriture rencontrent un franc succès et provoquent chez ses spectateurs de vives émotions. Toujours dans une démarche de transmission, Françoise Sliwka participe à de nombreuses manifestations culturelles et ateliers théâtraux mais écrit et met également en scène des pièces adaptables qui peuvent se jouer de manière nomade afin d’aller au plus près des publics reculés. Où qu’elle soit, Françoise parvient finalement à s’imprégner du lieu et se plait à le raconter avec finesse et simplicité. Une personne pleine d’énergie, de créativité et de générosité que je suis heureuse de vous faire découvrir.

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Alors tout d’abord avez vous toujours voulu être comédienne ou bien est ce suite à certaines expériences que vous avez finalement choisi ce métier ?

Alors ce fut très progressif chez moi. Je pense tout d’abord avoir toujours eu le théâtre en moi mais de manière inconsciente, car dans ma famille ce n’était pas un « vrai métier ». Je me souviens qu’en quatrième j’ai réfléchi et j’ai pensé devenir grand reporter, professeur, comédienne ou auteur. Du coup j’ai fait des études de lettre et de philosophie et on peut dire que je suis devenue comédienne après deux déclics. J’ai vu deux spectacles absolument magnifiques : un monologue sur la Callas très émouvant et un deuxième un spectacle appelé Mnemonic avec une dizaine d’acteurs. Et j’ai adoré. Ce furent deux raisonnante très fortes qui ont fait qu’à l’âge de 25 ans, alors que je travaillais dans l’édition et l’enseignement universitaire, j’en ai eu marre. Le théâtre est alors venu spontanément car il rassemblait l’amour que j’avais des textes et le besoin de les incarner. J’ai donc cherché une formation théâtrale qui corresponde à mes désirs et à mes exigences et j’ai fini par m’orienter vers l’Atelier International de Théâtre, un cours fondé par un couple d’américain selon la méthode Stanislavski (expression des textes de manière naturelle et loin du cliché, importance du passé des personnages et de la recherche de leur psychologie). Il y avait vraiment cette symbiose entre l’étude approfondie du texte et l’approche par la mémoire sensorielle. J’ai donc fait un trimestre et une année complète et après j’ai fondé ma compagnie avec une autre comédienne.

Vous êtes donc également auteur, est ce que vos oeuvres ont-elles déjà été récompensées ?

Oui, j’ai eu un prix national d’écriture théâtral, le prix d’écriture de Guérande pour mon premier texte qui est « On ira ou tu voudras ».

Combien d’oeuvres avez vous écrites pour le moment ?

Pour le théâtre j’ai écrit quatre oeuvres. De manière romanesque j’ai pour le moment écrit un roman et des nouvelles que j’ai donné en lecture ou que je garde au fond de mon tiroir. Quelques unes de mes nouvelles sont disponibles sur internet.

Avez vous un endroit fétiche pour écrire ou en tous cas des habitudes ?

J’ai toujours un carnet sur moi (voir même plusieurs !) et je travaille beaucoup par écritures successives mais je n’ai pas de rituels particuliers à proprement parler. Quand c’est une commande, je dois tout de même arriver à dégager du temps et me mettre à ma table. Sinon, il m’arrive souvent d’écrire dans le train car je peux bien me concentrer.

Le fait de vivre désormais à Chamonix à t’il été une source d’inspiration ou un handicap pour vous  ?
J’avais très peur de le vivre comme un handicap mais comme c’est un lieu dense en terme d’histoire et de caractère romanesque, il m’inspire beaucoup ! Je dois par exemple écrire 5 monologues adaptés à des lieux différents de Chamonix pour le mois de mai donc on peut dire en ce sens que c’est une grande source d’inspiration en terme d’écriture. Mon handicap majeur en réalité c’est que je ne conduis pas et donc que c’est relativement dur de me déplacer.

Pour parler un petit peu de vos pièces, Correspondance qui traite de la vie de Camille Claudel est une pièce bouleversante, pourquoi avoir voulu rendre hommage à cette femme en particulier ?
Ce fut un concours de circonstances en réalité car on m’a passé la commande d’une lecture au Festival d’Histoire de l’Art et celle ci devait traiter de correspondances liées à la folie. J’avais au départ pensé aux frères Van Gogh, mais c’est mon mari qui m’a proposé d’aller chercher du coté de Camille Claudel. J’ai donc découvert par la suite son écriture et le premier contact que j’ai eu avec le public était tellement émouvant que j’ai voulu poursuivre. Bien évidemment j’avais une admiration et une empathie énorme pour cette femme à la base, mais je me suis par la suite également sentie investie d’une sorte de responsabilité à faire entendre sa voix qui n’a jamais été écoutée et qui reste encore aujourd’hui très méconnue. Un véritable amour pour le personnage, sa vie et son oeuvre est né.
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Dans une pièce comme Talitha Koumi, vous passez d’un personnage à un autre mais aussi d’un texte à un autre. Comment choisissez vous les textes ? Fonctionnez vous par coup de coeur ? Y a t’il un véritable travail de recherche ou ce sont des textes que vous maitrisez et connaissez déjà ?
Pour Talitha Koumi celà a été, comme souvent en réalité, par coup de coeur et évidemment par exigence littéraire. Là en l’occurrence j’ai lu le roman d’Amos Oz Seule la mer et des poèmes de Darwich. Quand j’ai découvert les connivences entre les deux, il y avait des choses très belles politiquement et poétiquement. J’ai également découvert à cette occasion que la poésie d’amour arabe a profondément baignée l’amour courtois au Moyen Age. J’ai donc rassemblé les textes en faisant une sorte de maillage entre les poèmes, les extraits de roman et quelques fragments du cantique des cantiques car je me suis rendue compte que l’origine commune de ces textes était ancestrale.

Une autre particularité de cette pièce c’est l’alliance du théâtre et de la musique, pourquoi ce choix ?
C’est une volonté. On voulait des respirations et des échos musicaux dans cette pièce. La musique agit en effet comme paysage de Méditerranée et complète ainsi le décor. Elle agit également comme résonance et ces résonances viennent anticiper ce que le personnage comprendra un peu plus tard. La musique fait ainsi partie intégrante de la pièce et joue même un rôle.

Vous donnez également des cours de théâtre et animez des ateliers donc pour vous que peux amener le théâtre au quotidien ?
Le théâtre peut en fait amener beaucoup de choses et je le vois lorsque je donne des cours aux collégiens. Je leur fait faire des exercices de détente et les premières fois ils sont tous morts de rire mais au bout de 3 séances, ils le font d’eux même. Ca leur fait du bien et leur apporte une certaine tranquillité. Un calme peut alors s’installer et être renouvelé dans les exercices. Le théâtre peut également apporter une plus grande conscience du corps, une grande satisfaction à réussir à se concentrer et à changer d’état émotionnel. Grâce au théâtre, on ose être surpris et l’on est heureux d’avoir réussi.

Dans le cadre de vos ateliers ou cours de théâtre, est ce qu’il y en a un qui vous a particulièrement marqué ?
Il y a en effet eu une lecture en prison extrêmement marquante. Je suis venue à leur demande dans la bibliothèque pour discuter et échanger avec les détenus. Ils m’ont demandé ce que j’étais en train de faire et à l’époque je finissais un texte. Ils m’ont alors demandé de le lire, ce que je n’avais jamais fait avant. Quand je me suis arrêtée, ils ont tous applaudis et beaucoup pleuraient. Ceux qui pleuraient étaient des malfrats et c’était très émouvant de voir des gens à priori coupés de leur sensibilité tout à coup s’autoriser à exprimer et à sentir leur fragilité. C’était un moment marquant car j’avais réussi à les toucher mais aussi car c’était ressentir quelque chose ensemble alors que tout me séparait de ces personnes. La lecture nous a alors rassemblés.
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Avez vous des projets pour cet été ou la fin 2014 ?
Alors à court terme  j’ai deux projets : une petite pièce avec des objets sur un conte Haut Savoyard intitulé Jean des sonnailles pour les 4-7 ans et un spectacle que je vais écrire sur les figures de femmes dans l’ancien et le nouveau testament. C’est une commande de la pasteur du Temple de Chamonix mais pour le moment je le jouerai à Evian et si ça se passe je le jouerai également à Chamonix. Pour fin 2014 même début 2015, un spectacle en duo avec Carlo Brandt est prévu et il traitera de Blaise Cendrars.

Pour terminer cette interview, avez-vous une pièce de théâtre classique préférée ou en tous cas que vous conseillez vivement ?
C’est une question qui mérite plus ample réflexion mais je dirai Mademoiselle Julie que je trouve absolument sublime, notamment de par sa grande tension dramatique. Sinon, je vous invite à lire Le Maitre et Marguerite de Boulgakov. Cela avait été mis en scène au festival d’Avignon dans la cour du palais des papes et c’était magique ! C’est certes littéraire mais à la fois hyper théâtral. Il faut donc lire les deux oeuvres car elles n’ont rien à voir mais n’en restent pas moins exceptionnelles.

Compagnie Françoise Sliwka : http://francoise-sliwka.blogspot.fr
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